Articles - The Voice of Garanganze:  The Writings of Patrick Kalenga Munongo

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Un Congo aux frontières sécurisées pour un futur paisible
September 2007

Ce premier éditorial, dans cette série d’articles sur le Congo, est consacré aux frontières congolaises, qui depuis des décennies sont délabrées, poreuses, et mal gérées. La défaillance intolérable de notre système de sécurité et de protection territoriale inquiète bon nombre de congolais, surtout ceux qui sont habitants des régions affectées par des incursions régulières. Cette inquiétude passe de l’irritation à la rage selon qui vous interpellez. Les congolais se posent les questions suivantes : 1) quelle est la source du problème, 2) comment peut-on le résoudre, et 3) comment garantir la durabilité des solutions trouvées afin que cette situation précaire et imprévisible soit enterrée une fois et pour toute ?

Ces questions, et je suis convaincu qu’il y en a des centaines, ont peut-être déjà été élaborées par nos leaders. Il serait présomptueux de ma part de penser que nos leaders politiques, experts, et autres, n’aient pas déjà réfléchi sur la situation frontalière de notre pays. Si cela en est le cas, et j’en suis sûr à plus d’un égard,  pourquoi est-ce que les changements viennent à compte goutte, et pourquoi continue-t-on à subir des incursions et des attaques transfrontalières dans l’est du pays ? Ce sont là des questions auxquelles je n’ai pas toutes les réponses. Néanmoins, il m’incombe, en tant que citoyen congolais, bien que lacunaire dans le domaine des études frontalières, de poser des questions encombrantes, toutefois nécessaires, mais aussi d’offrir des suggestions qui pourraient contribuer à la cause congolaise.

J’invite tous les citoyens congolais à faire de même ; d’apporter notre support physique, intellectuel, et moral au redressement de notre pays, de loin ou de près. Ce devoir nous revient, car personne ne le fera pour nous. Les agents de l’ONU, constitués de forces multiétatiques, aussi dévoués soient-t-ils, ne peuvent pas avoir un attachement  sentimental pour le Congo. Ils ne sont là que temporairement. Embourbés dans une situation chaotique, ils courent le risque, comme on l’a vu maintes fois, de sombrer dans l’indiscipline et l’oisiveté. Seuls les congolais fidèles à leur nation peuvent avoir un amour inconditionnel et une dévotion sans limite pour leur patrie. Malheureusement, cette dernière hypothèse n’est pas sacro-sainte, car quelques compatriotes ont déjà failli à leur devoir élémentaire.

J’encourage donc tous ceux qui ont une expertise dans le domaine de sécurisation frontalière et d’immigration,  d’apporter leur connaissance et leur savoir-faire à l’attention de nos leaders, car ces derniers sont ni  infaillibles, ni omniscients sur toutes ces questions que nous nous posons depuis des décennies. 

Ce n’est qu’en restant unis, sans être monolithiques, que l’on pourra 1) décourager nos détracteurs, 2) bâtir une nation forte et dynamique pour les générations futures, 3) pérenniser notre démocratie naissante, 4) garantir la protection de tout congolais, et 5) redorer le blason du Congo sur la scène internationale.

Chers lecteurs, je vous souhaite une bonne lecture, et vous exhorte d’entrer dans un dialogue constructif. Toutefois, sachez que ma posture est entièrement apolitique, et je tiens à préciser que je n’ai nul autre dividende que le développement du Congo. Si nous sommes d’accord sur ce dernier point, alors unissons nos forces, et offrons notre meilleur effort pour l’essor de notre nation. Je vous remercie.

 

Article

Un Congo aux frontières sécurisées pour un futur paisible

 

Au R.D. Congo, l’indépendance fut gagnée en 1960. Depuis cette passation de pouvoir tumultueuse, qu’est-il advenu des frontières congolaises, et toutes les  infrastructures de ce grand pays ? Les longues années du règne de Mobutu ont un bilan mixte, en ce qui concerne les frontières du pays. Rappelons que Mobutu a tenu au pouvoir grâce à l’aide et à l’assistance de ses amis occidentaux, sans lesquels il n’aurait pu gouverner pendant si longtemps. Tout au long de ses multiples mandats sans limite (wamilele), celui-ci faillit de mettre en œuvre toutes les promesses de développement. Les mines du Katanga restèrent la manne qui nourrissait la nation, « les poumons du Zaïre, comme les gens se plaisaient à le rappeler », telles qu’elles l’avaient été pendant la colonisation. L’économie ne fut guère diversifiée, et les infrastructures pâtirent d’un délaissement flagrant et presque volontaire, dont les conséquences sont encore ressenties aujourd’hui. Les frontières et l’état des agences d’immigration allèrent de mal en pis. La corruption devint la seule source de revenu, et le seul moyen de survivance pour la grande majorité des  fonctionnaires. La gestion des frontières ne fut que modestement améliorée, et les institutions se dégradèrent lamentablement, laissant ainsi un lourd fardeau pour les générations futures.

Nonobstant les coûts faramineux que de tels projets de développement engendreraient, le Congo doit faire des choix difficiles et réinventer sa façon de gérer les budgets de l’état, afin de trouver des solutions durables aux problèmes auxquels il fait face. Le gouvernement congolais a le devoir de travailler rigoureusement afin de sortir du bourbier financier où il se trouve actuellement. Et d’après les récentes observations, celui-ci semble être sur la bonne voie. Notre dépendance sur les aides étrangères ne fait que confirmer le manque d’équilibre politique qui existe entre notre pays et nos créanciers. De surcroît, nous perdons la liberté d’investir dans des projets appropriés pour le Congo, car ces aides sont non seulement liées, mais elles sont voilées par des langages économiques dont seuls les experts en comprennent l’enjeu, i.e., ajustements structurels,  et politique d’austérité. Ces termes techniques et économiques sont bien maîtrisés par nos experts, mais que peuvent-ils faire tant que notre économie est atone, et que l’on a besoin d’investissement et d’aide étrangère ? Face à ces défis à conséquences incommensurables, comment est-ce que le Congo peut briser ce carcan, et enfin s’éclore librement ? Le peuple congolais est-il prêt à conduire les politiques vers ce chemin difficile, qui requiert non seulement de la patience, mais aussi de l’astuce, car le système/jeu économique et politique auquel nous faisons face est polymorphe et difficile à dompter. Les règles de ce jeu ont été esquissées dans des capitales occidentales, et les arbitres ne sont autres que nos créanciers. Par conséquent, une éducation de base pour toute la population, à travers des programmes de marketing social est nécessaire, car sans le support du peuple rien n’est possible. De même, il faut que nos politiques comprennent ce qui se trame dans ces grands centres commerciaux si nous allons réussir dans cette lutte pour notre indépendance. Est-ce que les politiques congolais sont prêts à servir le Congo et non leurs intérêts personnels ?  En effet, cet article contient plusieurs questions, auxquelles nous devons répondre en tant que nation.

Quels sont ces intérêts, pour lesquels nous devrions nous investir pour sécuriser nos frontières ?

Personne ne pourra douter que les 5 ou 6 années de guerre ont ébranlé l’économie congolaise, qui était déjà fragilisée, après de longues années de dictature et de mauvaises gestions.  Malgré ces faiblesses économiques, il va falloir renforcer nos frontières, et tous les ports d’entrées sur le territoire, c'est-à-dire, le Beach   Ngobila, Matadi, Moanda, et toutes les neuf frontières que nous avons avec les pays voisins, sans exception. Les aéroports et les voies maritimes du Bas Congo doivent être bien régulées, afin de minimiser toute activité et entrée illégale sur le territoire congolais. Comme mentionné plus haut, ces renforcements requièrent des sommes d’argent substantielles, car il faut révolutionner le système, rénover nos infrastructures, sans oublier les nouveaux équipements et les rémunérations des fonctionnaires.  

 

Pour commencer, les dirigeants devront engager de nouveaux agents de l’immigration. Ceux-ci devront passer par des stages de formation continue pendant toutes leurs carrières, et leurs superviseurs devront voyager dans des pays amis et modèles, afin d’affiner leurs expériences. Toute la fondation est à refaire. Les cartes d’identités, les ventes des passeports en échange d’un ‘matabiche’ doivent cesser. Comme dans les pays dotés d’un système d’immigration développé, nous devrons effectuer un recensement de notre population. Cela sous-entend qu’il faudra déterminer le statut de tout individu se trouvant sur le territoire congolais. Quelle tâche herculéenne !

Nos agents de l’immigration devront être présentables, car ils sont en réalité les premiers visages que nos visiteurs rencontrent. Cette règle de bonne présentation doit  s’étendre jusqu'à nos ambassades à l’étranger, et se traduire dans une éthique du travail disciplinée et professionnelle. Cependant, nos agents de l’immigration devront être en uniformes flambant neufs, opérant avec courtoisie et méthode. Par leur apparence professionnelle, ils pourront ainsi inspirer le respect de soi-même, et redonner de la dignité au travail. Leur comportement rappellera à nos visiteurs que le Congo n’est pas un dépotoir, mais qu’il est au contraire un pays hospitalier et un pays de lois. Quand une personne se présente à l’un de nos ports d’entrée, elle devrait se sentir en sécurité. Et cela s’applique pour tout individu, congolais ou étranger. Le pire sentiment que quelqu’un peut ressentir c’est arriver chez soi ou dans quelque pays, et être accueilli par des gens dénués de politesse et de professionnalisme. Certains de nos agents traitent mieux les étrangers, surtout les occidentaux, que leurs compatriotes congolais. Est-ce que cela est dû à un complexe colonial ? Nos fonctionnaires, souvent impayés,  demandent des ‘matabiches’ aux nouveaux venus qui sont empressés de traverser les douanes et d’en finir avec les harcèlements. Ces habitudes déplorables et ces mentalités avilissantes doivent être remplacées par des règles strictes et une conduite du travail irréprochable. Cela ne sera possible que si les fonctionnaires reçoivent leurs salaires régulièrement, et que ces derniers leur permettent de supporter leurs familles et au-dessus de tout, de subvenir à leurs besoins.

Mis a part, leur tenue d’exercice, leur stage, et leur professionnalisme, il faudra leur fournir des équipements adéquats, tels que des  ordinateurs, des jumelles à vision nocturne, des armes à feux sophistiquées, des véhicules (4x4) avec système de positionnement global, et systèmes de communications, tels que des téléphones satellitaires et phonies. Sans des instruments de travail appropriés, nos agents seront dans l’incapacité d’accomplir leur profession avec succès. Des véhicules tout terrain leur permettront de manœuvrer à travers des terrains souvent impassables. Le défi est de maintenir ces équipements et de ne pas tomber dans la tentation de vouloir vendre les pièces de rechange pour un gain d’argent temporaire et infructueux, comme il est souvent le cas.

Vu la taille de notre pays, il est impossible de gérer nos frontières sans un système de communication intégré et moderne. Cela sous-entend que le gouvernement devra investir dans une infrastructure de communication sans faille, qui sera opérationnel malgré les aléas électriques qui frappent le pays. De surcroît, le gouvernement devra assurer l’interopérabilité des systèmes, des équipements, des protocoles et des règles qui régissent cette myriade d’agences gouvernementales. Sans cela, cet effort ne mènera nulle part.

Nos agents devront traiter les ressortissants de pays amis avec courtoisie, et ceux des pays antagonistes avec plus d’attention et de vigilance. Il faut appliquer la réciprocité et suivre à la lettre les recommandations du gouvernement. Et pour cela, il faut un esprit de corps, et une discipline presque militaire, dans un système non militarisé. Les lois internationales doivent être respectées, de même que les droits civils. Tout individu a des droits qui lui sont garantis dans la charte des droits de l’homme, et le Congo doit devenir un pays modèle, adhérant à ces principes.

La technologie de pointe doit remplacer une technologie désuète, sans pour autant qu’on devienne  esclave de celle-ci. Dans cette ère du terrorisme international, il est crucial que nos méthodes de surveillance et nos banques de données soient compatibles avec celles des pays développés. L’informatisation de nos données est primordiale, avec à l’appui des systèmes de recherche sophistiqués qui permettront à nos agents de reconnaître un criminel recherché par les agences d’intelligence internationale, par exemple. Le Congo ne doit pas devenir un havre pour la criminalité internationale, et encore moins pour la criminalité locale. Ceux qui veulent semer la terreur dans le monde, peu importe la logique qui les anime, ne doivent pas trouver d’abri sur le sol congolais. Ce sont les intérêts du Congo qui nous importent avant toute chose. Les poussées extrémistes ne doivent pas être minimisées en Afrique, et nos systèmes d’immigration doivent être prêts à faire obstacle à ce fléau. La meilleure intelligence est l’intelligence humaine, et celle qui résulte des contacts pris par des agents, non des machines.  

     Face à cette nouvelle réalité, nos agents doivent être capables de parler plusieurs langues. Il est impératif qu’ils apprennent ne fut-ce que les langues véhiculaires qui sont parlées dans les villes frontalières où ils sont chargés de travailler. Il est essentiel que la majorité des agents de l’immigration parle le français, l’anglais, le portugais, et le Swahili qui sont les quatre langues internationales les plus utilisées dans la région de l’Afrique centrale. Au demeurant, ils doivent se familiariser avec l’histoire de ces pays ; connaître les méandres politiques qui les dirigent et les différents groupes ethniques qui y existent. Si nous voulons une frontière congolaise bien protégée, ceux qui la gardent doivent être les meilleurs représentants et gardiens du pays. L’armée nationale congolaise doit avoir une présence stratégique le long de nos frontières. Cette armée doit jouer un rôle dissuasif, et non de provocation.

     Comme les agents de l’immigration, l’armée doit être la mieux équipée, et la plus disciplinée. Les codes militaires doivent être respectés et la corruption doit devenir un acte si ignoble, qu’aucun soldat ne voudra accepter quelque matabiche qu’on leur offre. Dans le passé, tout comme aujourd’hui, c’est la corruption qui mine nos systèmes, et il revient à l’état de mettre fin à ce fléau.   

Les agents de la douane, par exemple, devront aussi être étroitement contrôlés et audités régulièrement afin d’éviter une prolongation de mauvaises habitudes. Précisons que les services douaniers n’ont pas le monopole de la corruption, mais ils ont une réputation qui laisse à désirer. Les conduites de certains agents sont reprochables, et tout dédouanement fait sans suivi ni vérification par une personne tierce ou cosignataire heurte l’agence concernée, car les impôts qui devraient servir à payer pour l’amélioration des services, équipements, et infrastructures, ne renflouent pas les caisses de l’État.

La soi-disant première guerre mondiale africaine qui a mis en joute le Rwanda, l’Uganda, contre le R.D. Congo est en partie due au fait que pendant des années, les frontières congolaises sont restées poreuses et délabrées, comme mentionné ci-haut. En effet, ces frontières qui longent le géant Congo sont ouvertes à qui veut visiter le Congo ; toutefois, il faut que ces visites soient régulées et contrôlées. Le protectionnisme et l’isolationnisme sont ni réalistes, ni bénéfiques au Congo. Il va falloir changer les mentalités ; réinvestir dans nos infrastructures ; innover nos systèmes judiciaires ; redonner au Congo le respect qui lui revient, et sécuriser nos frontières pour une paix durable, et un futur prospère.


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