Articles - The Voice of Garanganze:  The Writings of Patrick Kalenga Munongo

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Démantèlement des groupes rebelles, et leur réintégration dans l’armée nationale
October 2007

La guerre dans le nord-est du Congo fait rage. Elle force le déplacement interne des populations locales dans les forêts ou dans des camps de réfugiés loin de leur lieu d’habitation. Dans les pires des cas, les femmes sont subjuguées à des traitements barbares, tels que les viols et les mutilations sexuelles. Celles-ci sont humiliées, souvent devant les yeux effrayés et impuissants de leurs enfants et conjoints. Ces barbaries laissent des familles entières dans le traumatisme, la précarité sanitaire, et l’insécurité quasi-permanente, et cela dans leur propre pays. D’après le haut commissariat des nations unies pour les refugiés (UNHCR), il y a eu, jusque là, prés de 640,000 déplacés internes au Kivu entre juin et juillet 2007. Au total, il y aurait plus de 1 million de déplacés au D.R.C.[i]

Pourquoi est-ce qu’un pays souverain, ayant signé des accords de paix avec ses voisins agresseurs, devrait-il subir de telles catastrophes humanitaires? Pourquoi est-ce que des familles entières doivent-elles être disloquées, et déplacées vers des centres de fortune ? 

En R.D.C., les accords de paix ont officiellement été signés en  2002. Mais, il est notoire que les incursions transfrontalières et intrafrontalières continuent. La guerre n’a pas cessé. Le général Tutsi, Laurent Nkunda, autoproclamé défenseur des populations d’origine Tutsi au Congo est la cause apparente des instabilités qui frappent le nord-est du pays. Pourrait-on penser un instant que le général déchu soit sans assistance matérielle ou financière ? Comment finance-t-il sa guerre ? Rien n’est clair au R.D. Congo. Du moins, c’est ce que nous en arrivons à croire, car les medias n’en parlent qu’occasionnellement, ou quand ils le font, ces questions pertinentes ne sont jamais adressées, et l’incertitude persiste. Si M. Nkunda veut sérieusement vivre en paix avec ses voisins Nande, Shi, et autres, pourquoi est-il la cause de tant de détresse, de mort, et de désolation au Kivu ? Veut-il faire la paix en faisant la guerre ? Ou bien est-il un pion tout simplement ? A mon humble avis, la situation est patente, et elle se résume tel que l’avait écrit Bertrand de Jouvenel dans son récit, ‘Du pouvoir’: « Plus longue la guerre, plus complet le déplacement d’influence »[ii]. Il est certain maintenant que quelqu’un ou un groupe de gens bénéficient de ces instabilités qui sévissent dans la région.

Pour savoir qui supporte M. Nkunda, le gouvernement doit suivre le fil d’Ariane, c'est-à-dire, la source de son argent. Cette guerre est-elle autofinancée ? La première hypothèse que j’oserais avancer est que la vente des minerais à des privés ou des tierces gouvernements est la vraie source qui garantit le financement de la guerre. Sans munitions, sans financement, sans support exogène, je ne vois pas comment M. Nkunda pourrait mener cette guérilla à grande portée. La deuxième hypothèse est que M. Nkunda, en collusion avec d’autres pays voisins, seraient simplement en train d’attiser les feux de la haine, pour que le Rwanda, par exemple, lui vienne au secours et occupe de nouveau ce territoire tant prisé. Comme je l’ai précédemment écrit, les agents des nations unies ont du mal à faire respecter le cessez-le-feu. Leur mission me semble limitée, car ils sont là pour le maintien de la paix. Cette posture est quelque peu ludique, car on maintient la paix avec ceux qui veulent la paix. Il y a quarante-cinq ans le 17 Juillet 1962, les militaires des nations unies utilisaient la force contre le peuple Katangais - des femmes de surcroît - pour des raisons bien plus banales, car celui-ci désirait son auto-détermination[iii]. Remarquez que je ne fais ici qu’une comparaison historique, afin de démontrer le deux poids deux mesures qui a existé dans l’histoire de notre pays. Si elle le voulait, la communauté internationale s’unirait sur la situation congolaise, et en finirait avec les crimes journaliers que subit le peuple. En outre, les contraintes judiciaires qui sont imposées sur la R.D.C. limitent la marge de manœuvre du gouvernement, et heurtent les populations locales. Ces dernières ne demandent que la fin des hostilités, et la capacité de vivre librement dans leur propre pays. Prés de mille congolais meurent chaque jour à cause des hostilités et des conflits qui perdurent dans la R.D.C.[iv] (Oxfam International, 2007).

Face à une pareille catastrophe, j’aimerais m’adresser à tous les congolais qui pensent que cette guère se passe loin de Kinshasa, et qu’on ne devrait pas s’en préoccuper. Premièrement, la capitale n’est rien sans les provinces. Cette vérité brutale était juste il y a quarante ans, et elle l’est encore aujourd’hui. Je ne dis pas cela pour dénigrer quiconque. Je le dis, car il faut que nous comprenions que nous sommes interdépendants, les uns des autres. Apres le Kivu, quelle sera la prochaine province à tomber sous le joug d’un ex-rebelle mécontent, armé, et ambitieux? Il est impératif que nous évitions tout effet domino qui enliserait le pays entier.

Avant que j’en arrive à quelques suggestions pour la réinsertion des groupes rebelles dans l’armée nationale, je voudrais m’attarder sur le point suivant : aucun diamant, aucun minerai n’est plus précieux que la vie d’un congolais. La solution pour une paix durable est d’éviter toute issue militaire,  car celle-ci nous mènerait vers un cycle vindicatif sans fin. La diplomatie doit être la première des options, sans qu’aucune partie ne perde la face, bien que certains le méritent.

D’après Oxfam International, plus de 46,000 combattants, sur un total de 130,000 ont été intégrés dans l’armée nationale[v]. Cela veut dire que le gouvernement congolais a le défi de réinsérer des troupes qui, il y a à peine quelques mois, lui étaient opposées. Notre armée nationale doit non seulement combattre les rebelles dans le nord-est, gérer les autres points chauds sur l’étendu du territoire congolais, mais aussi protéger l’intégrité territoriale. C’est là un grand défi, car notre armée sort de plusieurs années d’indiscipline, de sous-paiement, et de corruption. Les priorités sont d’une grande ampleur, et  le gouvernement manque de ressources budgétaires qui sont nécessaires pour combattre tous ces fléaux.

La majorité des militaires étant sous-éduqués, il va falloir créer des écoles techniques, des écoles de métiers, et transformer ces ex-rebelles en charpentiers, menuisiers, maçons et autres. Ceux qui veulent être réintégré dans l’armée nationale devront s’aligner et servir le drapeau et la nation congolaise.

Les armes à feu abondent au R.D.Congo. Une façon d’encourager les ex-rebelles à les rendre est de les leur acheter. Cette méthode a été appliquée au Liberia,

 

avec un succès relatif. Le désarmement en échange d’argent peut être couteux pour le gouvernement, mais en long terme, cela peut être une bonne stratégie. La réduction des armes est nécessaire, si nous voulons la paix au Congo. Je ne me leurre pas en pensant que seul un désarmement total peut mener à la paix. Cette hypothèse est quelque peu erronée, car au Rwanda, lors du génocide de 1994, beaucoup d’atrocités ont été commises à la machette. Donc, il ne suffit pas de désarmer pour avoir la paix.

Dans le cas des Kadogo (enfants soldats), par exemple, il y a des conséquences sociétales que le gouvernement va devoir résoudre au plus vite. Beaucoup d’enfants soldats avaient été recrutés dans les rangs de L’AFDL en 1997. Ces gamins arrachés à leurs familles, et qui par la suite ont été enrôlés dans des milices ou des groupes rebelles pour tuer, ou transporter les vivres, vont avoir du mal à mener une vie normale. D’après un rapport de l’UNESCO, la R.D.C. avait au comble de la guerre entre 15 et 30,000 enfants soldats, « les plus jeunes étant âgés d’à peine 8 ans » (UNESCO, 2007)[vi]. Entre le traumatisme subi à la guerre, et toutes les atrocités qu’ils ont perpétrées, ces enfants devront suivre des thérapies, afin d’être réhabilité et libéré des troubles de stress post-traumatique (PTSD).

Les enfants soldats devront être enrôlés dans des écoles normales. Plusieurs d’entre eux, ayant perdu des années loin des bancs de l’école, devront répéter l’année. Cependant une réinsertion scolaire va être difficile pour grand nombre d’entre eux, mais elle est nécessaire pour leur stabilité mentale et leur développement. Beaucoup ont vécu des drames inénarrables, et il faut que la société arrête de les regarder comme des criminels, mais plutôt comme des enfants égarés. Après tout, ces gosses étaient innocents et inoffensifs avant que des adultes ne soient venus polluer leurs esprits. Le gouvernement doit investir dans des centres de loisirs, des foires, des fancy fairs, afin de distraire et occuper ce segment de la population qui reste récupérable. Les activités sportives, des matches de foot, et autres devront être organisés afin de les garder loin de la criminalité. Ne tournons pas le dos sur les Kadogo, car ils sont les leaders de demain, et quels leaders feront-ils si nous n’investissons pas maintenant dans leur futur.

Il y a de multiples problèmes sociaux au Congo. La drogue, qui jadis était le stupéfiant de prédilection des militaires, a atteint les quartiers des grandes villes. Les jeunes gens l’utilisent, pour oublier la faim, la pauvreté, la souffrance, et la guerre. Et généralement, la drogue va de pair avec un taux de criminalité élevé. Les enfants soldats, dont nous parlions plus haut, utilisent la drogue pour masquer la peur, et souvent pour inhiber la terreur qui saisit tout homme qui doit faire face à des barbaries. Comment défaire ce cercle vicieux ? Nos leaders vont devoir y aller tous azimuts. D’abord, il faut contrer l’engouement et la popularité des stupéfiants. Une fermeté dans le message et le geste est nécessaire, de même qu’une réhabilitation pour les dépendants. Au Congo, les priorités ne sont pas encore à construire des centres de réhabilitation pour les accros à la drogue. Souvent, ceux-ci sont laissés pour compte, et sont marginalisés. Qui va s’occuper des drogués quand il y a tant de misère dans le pays ? La société joue à l’autruche, jusqu'à ce que le problème explose. Et même quand le problème est saillant, les ressources et les fonds sont inexistants. Le gouvernement a du pain sur la planche. Il va devoir investir dans le marketing social, et atteindre les jeunes à travers les medias qui conviennent, et leur transmettre des messages positifs, qui contreront ceux qui glorifient la drogue. Les leaders provinciaux, locaux, et religieux doivent unir leur action, car ce problème n’est pas l’apanage d’un groupe ou un autre. C’est un problème national. Et il va falloir user de tous les moyens pour y mettre fin, avant que la situation ne s’empire et érode la société congolaise. Les organisations non gouvernementales devront user de leur connaissance du terrain, et de leur toile de relations, pour déraciner ce problème dans les quartiers.

Les difficultés sont de grande ampleur, le défi est énorme, mais avec un peu de courage, de sacrifice, et de créativité, je suis convaincu que nous pourrons sortir de ce gouffre. La réintégration des combattants dans l’armée est primordiale, car on ne peut pas avoir une armée de plusieurs allégeances. Les principales causes de l’insécurité en R.D.C. émanent d’abord des groupes rebelles, et ensuite de quelques militaires. Ils sont responsables de plus de 80% de toutes les violations des droits humains commises sur des civils[vii]. Et il faut mettre fin à cette situation. Les sous-payés doivent être rémunérés, les mal équipés doivent recevoir des équipements adéquats, les insubordonnés doivent être disciplinés, et les enfants soldats n’ont de place que sur les bancs des écoles. Unissons nous pour mettre fin à cette guerre qui est la cause majeure des problèmes que nous connaissons au Congo. Dans le fond les congolais ne veulent pas de la guerre. Elle leur a été imposée, et cela depuis 1998. Les pillages, viols, et exploitations illégales des minerais ont mis au jour cette guerre ignoble. En ce qui concerne les protagonistes des instabilités au Congo, il est temps de mettre fin à cette aventure qui détruit notre infrastructure, et qui est la cause de tant de morts, et de dislocations familiales. Les haines qui se répandent aujourd’hui, ne disparaitront pas de si tôt. Œuvrons pour une région des grands lacs unie, au lieu de mettre le feu sur ce qui est déjà une poudrière.

Rappelons que c’est le transfert d’influence, le mouvement des populations, et l’exploitation des ressources que le gouvernement congolais doit maitriser. « Plus longue la guerre, plus complet le déplacement d’influence ».

Soyons vigilants !



[i] Relief web : DR Congo: UNHCR - 640,000 internally displaced in Kivu provinces between June and July 2007

[ii] Bertrand du Jouvenel, Du Pouvoir. Histoire naturelle de sa croissance. Les Editions du cheval ailé, Genève 1945.

[iii] The UN in Katanga: July 17th 1962, the futile deaths. Published by the Katangese Ministry of Information

[iv] Oxfam Press Release – 26 January 2007: UN must not abandon the Democratic Republic of Congo, Oxfam warns

[vi] UN News Centre, DR of Congo: UN denounces re-recruitment, maltreatment of child soldiers

[vii] Oxfam International. Un avenir fragile: Réduire trop tôt les troupes de la MONUC pourrait mener le Congo au désastre, Février 2007.



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