Articles - The Voice of Garanganze:  The Writings of Patrick Kalenga Munongo

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La démocratie Kényane sous la loupe : un message pour l’Afrique
  January 2008

Au Kenya, les affrontements entre les partisans de Mwai Kibaki (PNU) et Raila Odinga (ODM) demeurent inquiétants. A ce jour, on compte de nombreuses victimes, et le bilan risque bien d’augmenter dans les jours à venir. Prés de 300 morts ont déjà été recensés. Les résultats de l’élection présidentielle semblent être la raison ostensible des événements qui déchirent ce pays de l’Afrique de l’est. Une heure après l’annonce de sa victoire, le président Kibaki a hâtivement prêté serment au milieu d’une violente vague protestataire qui revendique la transparence des élections. En effet, la reconduite immédiate au pouvoir de M. Kibaki laisse penser que son gouvernement  voudrait ainsi éliminer toute possibilité contestataire des votes. Une fois que le président réélu est investi, la population est appelée à la réconciliation nationale, et à l’alignement  derrière le chef, malgré les fraudes et les illégalités. Le candidat vaincu est contraint de sauver la face, et de ne pas paraitre mauvais perdant. Devant ce fait accompli, ce dernier est obligé d’appeler ses partisans au calme et d’accepter les résultats officiels. Classique…Malheureusement, dans le cas Kenyan, l’appel au calme semble ne pas avoir été obéi par une population lassée de vivre dans la pauvreté, l’insécurité, et les maux sociaux. Les plus violents affrontements ont eu lieu dans le bidonville de Kibera, où vivent une centaine de milliers de gens dans des conditions piteuses. Serait-on en train d’assister à un choc interethnique entre les Kikuyu, ethnie majoritaire d’où sort M. Kibaki, et les Luo de M. Raila Odinga ? Les conséquences d’un pareil conflit pourraient déstabiliser la corne de l’Afrique et l’est du continent ; amenant ainsi une région chaude au bord de l’implosion.

L’une des questions qu’on pourrait se poser est celle de savoir pourquoi les dispositions électorales en Afrique sont si négligées. Les équipements de vote sont désuets, et les structures en place ne favorisent pas la transparence. Bien que le problème d’opacité électorale ne soit pas unique à l’Afrique, il nous
 

 incombe en tant qu’africains de trouver des solutions durables à des accrocs qui sont entièrement évitables. Si le choix est d’embrasser la démocratie comme système politique, alors il nous faut cimenter cette fondation qui est censée produire les leaders de nos pays, et légitimer les choix du peuple. C’est le moindre que l’on puisse faire.

Les antagonismes ethniques entre Kikuyu et Luo ne sont pas uniques au Kenya, encore moins à l’Afrique. Pour s’en rendre compte, il ne suffit que d’observer ce qui se passe en Belgique entre wallons et flamands. Ce qui manque en Afrique sont des socles constitutionnels, des structures judiciaires justes et transparentes, dénuées de toute affiliation tribales. Ces derniers résoudraient certains contentieux tels que ceux qui avilissent le Kenya. A l’instar du Rwanda, le Kenya risque de sombrer dans des tensions à tendances génocidaires, qui seraient difficiles à maitriser. Les affiliations ethniques mal fondées nuisent à toute analyse politique qui se voudrait objective. Les  candidats aux présidentielles doivent être jugés selon leurs qualifications et non leur appartenance ethnique. Il faut libérer l’Afrique de ces crises constantes, qui heurtent tant nos démocraties.  

La hâte avec laquelle M. Kibaki a tenu à légitimer son pouvoir est étrange, mais ce qu’il y a de plus surprenant c’est que malgré les rumeurs de fraude supputées  par les instances de vérification et les différents observateurs, quelques gouvernements n’ont pas hésité à lui envoyer des messages de félicitations qu’ils ont du rétractés après les manifestations populaires. Noble geste. Toutefois, les pays occidentaux doivent maintenir un message consistant et de fortes pressions sur les gouvernements qu’ils supportent. La démocratie ne peut être appliquée universellement, mais il y a des préceptes de base que tout pays qui prétend être démocratique doit respecter. La transparence est l’un de ceux-là.

 

                                        Prince Patrick Munongo



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