Articles - The Voice of Garanganze:  The Writings of Patrick Kalenga Munongo

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Les Cultures Africaines sous Menaces...
2 Août 2005

Les défis auxquels les différentes cultures africaines font face foisonnent, particulièrement ceux qui affectent les divers royaumes répandus sur tout le continent. Ces derniers, bien que minoritaires parmi ceux qui ont conservé leurs cultures et structures traditionnelles, n’échappent guère à cette inébranlable invasion culturelle occidentale mais aussi régionale.

 La prédominance des cultures occidentales émane du fait que les pays européens, anciens colonisateurs, ont imposé pendant près de cent ans leurs langues, leurs structures politiques, et leurs histoires sur les peuples africains, avec l’exception de l’Ethiopie qui a l’unicité historique de n’avoir subi la colonisation italienne que pendant cinq ans.

Les européens se sont pleinement engagés dans une campagne de diabolisation des peuples autochtones. Etant militairement plus faibles, les africains ne purent résister que temporairement à cet assaut. La balance des pouvoirs penchait contre les africains. Et les européens n’allaient jamais apprendre les langues des « vaincus », aussi raffinées fussent-elles.

La conférence de Berlin de 1885 ouvrit les écluses aux forces coloniales et tous les abus qui, à présent de jure, légitimaient l’existence des européens en Afrique. Soit dit en passant, lors des années initiales de la colonisation, les européens avaient manqué une opportunité en or d’introduire la religion chrétienne en usant plus du dialogue et des conversions pacifiques au lieu d’un prosélytisme violent qui mena à la mort de milliers d’africains, et au rejet dans certains cas, du christianisme.

Pour citer un exemple concret, au Congo belge, la primauté de la langue française se fit par l’officialisation de celle-ci. Toutes les affaires de l’état devaient se faire dans la langue française et toute communication entre congolais (indigènes) et colons ne furent possible que par le truchement d’interprètes. La minorité européenne dominante tenait à présent les cartes du pouvoir, et tout  africain dut apprendre la langue française, anglaise, portugaise selon le colonisateur.

La maîtrise de la langue de l’oppresseur était devenue une des voies permettant la mobilité sociale qui rappelons-le était limitée par un plafond de verre. Malgré les efforts assidus qu’ils fournirent à l’apprentissage du français, les congolais, comme d’autres africains tout aussi malchanceux, ne pouvaient se contenter que d’études au grand séminaire ou à des stages qui menaient à des postes de subalternes dans l’administration.

 

 

Aujourd’hui la colonisation a été remplacée par le néo-colonialisme, le prosélytisme par l’évangélisation, et l’imposition des cultures européennes par une soif inassouvie de MTV, BET, CNN, et TV5. Ayant perdu leurs identités culturelles et linguistiques dans certains cas, les africains ne lésinent pas à consommer tout ce qui est occidental, malheureusement avec peu de distinction entre le positif et le négatif.

Les occidentaux peuvent ainsi sourire avec satisfaction car un large marché de consommateurs a été créé pour le bénéfice des multinationales, au grand dam des produits africains.  Devant une telle prédominance, les royaumes africains, derniers terroirs des structures culturelles, traditionnelles et politiques de l’Afrique sont impuissants face à l’effritement de leurs histoires. En effet, l’invasion des cultures occidentales ne se limite pas aux centres urbains. Elle est ressentie jusque dans les villages, où elle continue sa longue marche vers l’affaiblissement des traditions dans certains cas, et voire leurs oblitérations dans d’autres.

Rappelons tout de même qu’en Afrique l’imposition des langues occidentales, à certains degrés, a été bénéfique et positive. Rien que dans le RD Congo, il y a près de 250 groupes ethniques, chacun utilisant une langue distincte. Les quatre langues nationales, Kikongo, Lingala, Tshiluba et Swahili ne sont que des palliatifs. (Notez que j’ai choisi d’utiliser le mot « langue » au lieu de l’arbitraire « dialecte »). Sans la langue française, les differents groupes ne seraient capables de communiquer sans l’aide d’interprètes. Ces 250 barrières linguistiques, pour ne citer que le cas du RD Congo, auraient endiguées les échanges commerciaux, toujours faibles, et peut-être même la bonne entente aussi apparente soit-elle, qui existe entre les peuples.

Pour les royaumes anciens, la menace est endogène, et exogène, c’est a dire qu’elle vient des villages ou groupes ethniques avoisinants. L’un des corollaires dans le calcul des colonisateurs était d’affaiblir les pouvoirs des royaumes anciens sur tous les bords, afin d’assurer la pérennité de la colonisation. Cet objectif porta des fruits et provoqua un bouleversement des pouvoirs. Les cultures dominantes virent leurs influences réduites et ainsi un processus de dissolution de leurs cultures commença, parfois en faveur d’autres groupes historiquement plus faibles. Les voyages à la recherche de l’emploi, très souvent vers les villes, ainsi que les déracinements divers, forcés ou volontaires, sont des facteurs causatifs de ce malaise africain.

Sans un réveil culturel immédiat et un renouveau de la fierté linguistique et traditionnelle, les royaumes africains et l’Afrique en général sont en passe de perdre leurs identités et risquent ainsi d’être déboussolé.



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