Articles - The Voice of Garanganze:  The Writings of Patrick Kalenga Munongo

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Le pouvoir au peuple: une idée à encourager en Afrique
February 22, 2010

 

Le concept louable de ‘pouvoir au peuple’ est une idée pleinement appliquée dans certains pays du monde. Dans les pays dits développés, les citoyens sont convaincus, et avec raison, que le pouvoir est en réalité entre leurs mains. Aux Etats-Unis, par exemple, c’est la population qui élit le président, les représentants des deux chambres du congrès, de même que les gouverneurs et les sénateurs locaux. Ceci est fait d’une manière transparente et très peu teintée de manipulations ou d’intimidations aux urnes, comme cela fut le cas il y a quelques décennies dans le sud ségrégationniste. Depuis 1965, des lois ont été passées pour garantir le vote de tout citoyen en âge de voter. Les élus sont reconduits dans leurs fonctions ou démis de celles-ci par la population. C’est là un bon exemple du pouvoir au peuple. La population donne des bons points ou des mauvais points aux politiques, selon les promesses que ces derniers lui ont faites pendant la campagne électorale. Si le bilan est négatif, les électeurs ont le choix de voter leur conscience et d’élire un autre dirigeant lors des prochaines élections. Les élus sont en effet comptables au peuple.

Malheureusement, dans de nombreux pays, beaucoup se trouvant en Afrique, l’idée de rendre des comptes à son peuple, à celui qui vous a élu, est encore lointaine. Les droits des électeurs sont bafoués, surtout dans le cas des peuples vivant des les régions rurales éloignées. Ces derniers connaissent peu les complexités de leur propre système politique, et se sentent exclus de celui-ci. Ils acceptent certains comportements répréhensibles des dirigeants comme étant normaux. Dans quelques cas aberrants, il y a des populations qui demeurent nostalgiques des anciennes dictatures, et qui en redemandent. La démocratie, alors, devient-elle un signe de faiblesse ? Faut-il, pour être respecté en tant que leader dans ces pays, gouverner avec une main de fer ou bien peut-on appliquer les principes de la démocratie et donner au peuple l’espace, le rôle, et les pouvoirs qui lui reviennent ?

Un homme élu démocratiquement n’a aucune raison de s’accrocher au pouvoir, car il a sa conscience tranquille. Que son mandat ait été un succès ou pas, il y a de fortes chances qu’il quittera le pouvoir la tête haute, disant « j’ai essayé ». Il pourra défendre son programme et vivre une vie paisible, peut-être même jouir d’une pension et des honneurs qui lui sont dus par la nation. En revanche, un politique qui n’a pas été élu démocratiquement, a toute raison de craindre la perte du pouvoir. Ses années à la tête du pays seront vues sous un œil moins généreux. Ayant gouverné sans rendre de comptes quelconques, le dictateur cherche à étendre ses années au pouvoir. Il veut profiter au maximum de la manne financière qui lui tombe du nord, et depuis peu, de l’est. Il faut imanipuler la constitution, et prétendre que le programme est inachevé, et que seul lui est capable de le voir aboutir. Alors il

 

 se lance dans la manipulation et l’intimidation afin d’obliger les élus d’amender la constitution. Celui-ci emploie même des experts en communication, pour façonner un message congruent. Ses amis lui viennent alors au secours. Dans certains cas, ces derniers sont américains, européens, et autres, et ils jouissent d’une certaine crédibilité aux yeux du monde. Ils sont respectés et viennent étayer ce pauvre dictateur qui a tant fait pour eux. Ils lui sont redevables. Des colloques sont organisés dans les espaces académiques et ntellectuels. Les think tank s’y donnent à cœur joie et se mettent à chanter des louanges saugrenues.  Les medias internationaux leur emboitent le pas. Ils font un profile laudateur du dictateur, avec historiographies mirobolantes à l’appui, couplés de débats houleux qui abondent dans le sens que les ‘grands’ de ce monde ont décidé. Le message que l’on ne communique pas est que la paix et le développement ne sont bon que chez soi, pas en Afrique. L’universalité de la démocratie est alors remise en question, et on explique par des termes voilés que seul untel peut gouverner. Une fois la constitution amendée, on organise des élections, et le peuple abusé ‘réélit’ le président sortant pour un autre mandat ; le tout sacré par un message relayé par les groupes d’observateurs électoraux. Les opposants se désistent. Ils s’en vont sagement sous d’autres cieux, et attendent en vain la chute du dictateur. Des fois ils reviennent, armés jusqu’aux dents pour commencer une guerre civile, qui ne mène souvent qu’à une autre dictature.

La question centrale est de savoir pourquoi est-ce que les pays du nord, dits démocratiques, encouragent-ils des dictatures ailleurs ? Cette idée universelle dont on nous parle constamment, est-elle fictive ? L’évidence prête à croire que l’applicabilité du pouvoir au peuple est sélective. Comme il a été prouvé à maintes reprises, l’intérêt de certains pays occidentaux est de garder les pays africains dans un statu quo qui leur permette de sauvegarder leurs intérêts mercantiles et d’en bénéficier âprement. Et malheureusement, ils ont trouvé dans certains leaders africains des partenaires sans failles.

Pour conclure sur cette idée, il faut que les africains eux-mêmes définissent ce concept de pouvoir au peuple, et qu’ils l’appliquent selon les réalités constitutionnelles de leurs pays respectifs. Pour ce faire, ils doivent résister des pressions exogènes intenses et ne pas céder à ces tentations qui les mènent à vouloir rester éternellement au pouvoir.  Quand un leader a été démocratiquement élu, il n’a aucune raison de craindre la voix du peuple. Celle-ci le contraindra à céder le pouvoir si le bilan est mauvais, ou bien elle le reconduira dans ses fonctions. Il est grand temps que les africains s’unissent sur ce point, et qu’ils fassent front commun contre ces pratiques qui avilissent l’Afrique depuis bien des années.



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