Articles - The Voice of Garanganze:  The Writings of Patrick Kalenga Munongo

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50 ans d’indépendance : un bilan mitigé
July 26, 2010

 

Comme tout citoyen congolais concerné par ce qui se passe au pays, l’année jubilaire ne me laisse guère indifférent. Au-delà du symbolisme que l’on attribue à cet  événement, je suis réflexivement obligé de faire un bilan. On ne peut parler de l’indépendance du Congo sans parler du néocolonialisme, de la souveraineté congolaise, récemment ébranlée par la guerre dans le nord-est, et des multiples  opportunités qui n’ont pas été saisies pour mettre le pays sur la voie du développement. 

Force est de constater que la situation du Congo reste précaire. Après cinquante ans d’indépendance, le pays est sur la liste des pays les plus pauvres du monde, sur la liste des pays en déroute, et sur la liste des pays les plus endettés, et tant d’autres listes déplorables. Nonobstant les investissements étrangers, les problèmes perdurent. Le développement se fait à petits pas et semble disloquée selon la province où l’on se trouve. La soif des matières premières chinoise, indienne et des pays industrialisés est avantageuse pour le gouvernement, mais qu’en est-il aujourd’hui de cette manne étrangère pour tous les congolais?  D’une part, une large portion de la population vit sous le seuil de pauvreté et subit ses conséquences à plein fouet. De l’autre, on assiste à des créations d’emplois, surtout dans le florissant secteur minier.  Cette mise au travail des populations longtemps au chômage est bonne pour l’économie congolaise. Ceux qui sont employés et gagnent un salaire décent peuvent de nouveau acheter et dépenser localement. Cela supporte les commerçants locaux et a fortiori redonne la dignité à des milliers de gens.

En cette année jubilaire, on ne peut oublier les nombreux congolais qui ont été victimes de la guerre entre le Rwanda, l’Ouganda et le Congo. D’après les nations unies, entre 1998 et 2004, prés de 5 millions d’hommes, de femmes et d’enfants ont péri dans cette guerre insensée à motivations énergétiques. Les ramifications dévastatrices de la guerre sont incommensurables, car elles se prolongent dans le futur, bien au-delà des divers accords de paix. Je pense en particulier à ces milliers d’orphelins qui grandissent sans la stabilité parentale dans des orphelinats et des camps de refuge. Ils n’ont aucun accès aux ressources réhabilitatrices dont chacun a besoin pour se faire une vie décente et se défaire des tenailles de la pauvreté. Leurs défis sont énormes.

 

Bien que le pays ait recouvré la paix dans le nord-est, une accalmie précaire y règne.  Quelles sont les leçons que l’on peut tirer de cette guerre qui a causé tant de dévastation? Comment peut-on dissuader les  futures guerres et les gouvernements à tendance expansionniste qui sont à nos portes? Les 50 prochaines années nous donneront-elles le même bilan mitigé ? Ma seule suggestion est que nos leaders n’attendent pas qu’il y ait une autre date symbolique pour faire un autre bilan conséquent.

Le Congo a encore des chances d’émerger du marasme et d’être parmi les ‘success story’ du XXI siècle. Plus d’élections libres, une armée nationale forte et des frontières sécurisées, plus de libertés pour la société civile, et un élan agressif dans la transparence, la diversification et la consolidation de notre économie sont quelques ingrédients dont le Congo a besoin pour se mettre enfin sur les rails du développement durable.    

Epilogue :

Le 30 juin 1960, le Congo devenait indépendant. Quelques jours après, le 11 juillet, le Katanga déclarait sa sécession qui dura à peine trois ans. Suite aux vagues que cette dernière provoqua, l’assemblée générale de l’ONU vota le déploiement des troupes onusiennes armées au Katanga, afin de mettre fin à la sécession. Le président Tshombe accepta de graduellement adhérer au plan U Thant (nom du secrétaire général des nations unies à l’époque) qui préconisait la fin de la sécession katangaise. En Janvier 1963, cette dernière arrivait à sa fin, et ainsi s’achevait le rêve d’un peuple qui, pour des raisons multiples, avait opté pour l’auto-détermination. Certes la sécession du Katanga a eu une courte vie, mais elle continue de susciter beaucoup d’émotions selon les diverses idéologies et tendances politiques qui existent dans notre pays et à l’extérieur. Au-delà des divergences d’opinions, nous pouvons tous tirer des leçons sur ces années, à la fois troubles et remplies d’espérance, qui ont marquées l’indépendance du Congo.


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