Articles - The Voice of Garanganze:  The Writings of Patrick Kalenga Munongo

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Les leçons des révolutions Tunisiennes et Egyptiennes
February 22, 2011

 

Dans l’un des articles précédents, j’ai écrit que l’occident avait supporté la dictature de Mobutu en lui donnant de l’aide financière et militaire, sans grand souci du peuple congolais réprimé. D’une manière similaire, l’ancien président égyptien Mohamed Hosni Moubarak recevait $1.3 milliard en aide militaire chaque année. Faut-il se demander comment il est devenu si riche ? Sa richesse incalculable, étant estimée entre $7 et $40 milliards, alors qu’une large portion des égyptiens vit dans la pauvreté et 27% de ceux-ci sont analphabètes.  

Les deux révolutions tunisiennes et égyptiennes en disent long sur l’occident. Pendant des décennies, les dictatures de Ben Ali et Moubarak ont été supportées par les gouvernements occidentaux. Dans le cas de Moubarak, les Etats-Unis d’Amérique le présentaient comme un partenaire incontournable pour la stabilité de l’Egypte et d’Israël. Mis a part le maintien de la paix entre l’Egypte et Israël, la crainte de l’ascendance des Frères Musulmans, chose qu’il ne faut prendre à la légère, donne un autre argument au soutien qui a été donné à Moubarak.

Malgré ses trente années passées au pouvoir, sans aucune réelle démocratisation de l’Egypte, Moubarak a joui d’un support indéfectible des USA, au détriment du peuple égyptien.

Peut-on encore faire confiance a ces ‘maitres’ du monde qui s’immiscent dans tout et partout dans le monde, pour sauvegarder leur mainmise sur des régions prédéterminées. De façon liminaire, les Amériques sont l’arrière cour des Etats-Unis, avec une partie du monde arabe (avec le pétrole qui s’y trouve), dont l’Egypte, les zones ‘chaudes’ ou les havres du terrorisme, et une omniprésence dans tous les océans.

La France, elle, s’étant arrogée les anciennes colonies, dont sa plus grosse part du gâteau se trouve en Afrique francophone, avec quelques percées dans l’Afrique anglophone et lusophone, le Pacifique, les caraïbes, et autres. Il n’y a qu’à voir ce qui se passe en Côte d’Ivoire et au Niger pour comprendre le degré d’ingérence de la France dans ces pays.

De la France, peut-on aussi parler du support qu’elle donne à Kagamé, président du Rwanda, qui aux yeux du pouvoir actuel français, reste l’homme à soutenir dans la région des grands lacs en Afrique Centrale. La France lui a fait la cour bien qu’il soit, comme Ben Ali et Moubarak, loin d’être un enfant de cœur. 6 millions de Congolais on péri depuis 1998, et M. Kagamé reste un acteur régional avec du sang sur les mains.

A titre d’exemple, je n’ai cité que la France et les Etats-Unis, car ce sont les deux pays qui ont apporté le plus grand support à Ben Ali et Moubarak, deux chefs d’états qui ont récemment été  enlevé du pouvoir. Mais l’occident en général, à travers ses institutions, a historiquement aidé des marionnettes qui, à leurs yeux, protégeaient le mieux leurs intérêts.

L’occident a une influence de taille, car par le biais des institutions financières, il détient les leviers des finances mondiales, et il contrôle les trésoreries de plusieurs pays qui dépendent des pays créanciers. Selon que votre opinion soit en faveur de MM. Gbabo ou Ouatara, mon argument est que l’occident peut peser de son poids financier et dicter le cours des événements dans des pays tierces. L’opinion publique trouve normal que l’occident donne des leçons au reste du monde, et que ouvertement ou de manière tacite, il influence les affaires internes des pays en voie de développement.

Peut-on se poser la question de savoir quand est-ce qu’un pays africain a-t-il eu pareille influence que de dicter les politiques majeures ou la direction d’un gouvernement occidental? A ma connaissance, cela n’est pas encore arrivé, et on en est bien loin…

Pris de court par les révolutions tunisiennes et égyptiennes, la rhétorique dans les grandes capitales est en train de changer tout aussi vite que les événements sur le terrain, parfois avec un léger retard, des hésitations, qui semblent normales car la tâche est difficile.  

 

 Dans le long terme, quelles seront les répercussions sur l’image de marque de la France et des Etats-Unis ? Le plus grand heurt est que le langage pro-démocratique que ces deux pays tiennent, y compris leurs pairs, devient vide. Cette image de partenariat politique impartial s’effrite de jour en jour.

Quelle est le respect des occidentaux dans le monde d’aujourd’hui si ceux-ci supportent des dictateurs pendant des décennies, alors que les peuples étouffés vivent dans la misère ?

Disons à la décharge des occidentaux qu’ils ne sont pas que dans l’assistance des dictateurs. Il y a une liste interminable de projets et de causes nobles qui sont initiés par les pays occidentaux. Ces actions continuent à avoir de multiples impacts positifs dans les pays en voie de développement, tels que la guerre contre les islamistes, l’aide contre les maladies tropicales et infectieuses, la lutte contre le paludisme et le VIH/SIDA et autres. A titre d’exemple, sans l’assistance des occidentaux, le sud Soudan serait toujours sous la coupe de Khartoum et le référendum qui est en cours pour l’indépendance du sud, n’aurait jamais lieu.  

Voici quelques suggestions pour redorer le blason politique de l’occident et réhabiliter sa réputation :

1) L’occident devrait arrêter de supporter les dictatures pour la sauvegarde de ses intérêts pétrolifères ou autre, au détriment des populations. Pour recouvrer sa place de ‘honest broker’ (partenaire honnête) l’occident doit devenir impartial et appliquer un langage consistant dans toute sa ligne politique.

2) L’Amérique et la France peuvent atteindre des objectifs de croissance économique dans le monde Arabe et en Afrique sans supporter des politiques qui sont nuisibles aux peuples.  

3) Les occidentaux devraient supporter les accords de libre échange avec l’Afrique afin que les pays africains puissent écouler leurs produits sur les marchés européens et américains. Les pays émergents devront respecter les normes et les critères d’exportation qui sont en place. La responsabilité repose dans les gouvernements africains qui doivent progressivement adhérer à ces critères en améliorant leurs productions et la qualité de leur main d’œuvre.

4) Le soutien des dictateurs par les occidentaux risque de mener à une radicalisation des jeunes, qui verraient dans l’occident l’ennemi et non un partenaire bien intentionné. Pour gagner la guerre contre le terrorisme, l’Amérique, et l’occident en général, doit gagner les cœurs en adoptant des gestes et des paroles nobles et concordantes, au lieu de supporter des dictatures.

5) Les révolutions Tunisiennes et Egyptiennes présentent l’occident une opportunité à ne pas manquer. Graduellement, les piliers du pouvoir se délocalisent, surtout après la crise de 2008 causées par les ‘subprimes’ (prêts hypothécaires à risque) qui a ébranlé le monde et a fait que l’Asie, et surtout la chine, soit bien positionnée pour une relève en perspective. Du moins c’est l’une des possibilités dans cet éventail d’événements imprévisibles. Apres tout, peu de gens ont vu venir la crise susmentionnée.

L’occident doit arrêter d’user un double langage. D’un coté, il protège ses intérêts en aidant des dictatures au détriment des populations ; de l’autre, il donne des leçons sur la démocratie et la liberté d’expression, ou encore donne de l’aide financière à des ONG, dont les pratiques, dans le cas de quelques unes, deviennent contestables et sans effet.

Le moment est arrivé pour que l’occident traite avec les pays en voie de développement dans un rapport d’égalité. Il ne faut pas remplacer des dictateurs par des dictatures ‘light’. Si les peuples dans le monde arabe se sont révoltés, jusqu'à sacrifier leur vie, ce n’est pas pour que l’occident use de ses pouvoirs et de ses ruses pour leur imposer d’autres autocrates. L’occident doit répondre à l’appel des peuples et non à la cupidité d’une poignée d’individus.


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