Articles - The Voice of Garanganze:  The Writings of Patrick Kalenga Munongo

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Etienne Tshisekedi au Katanga
August 5, 2011

 

Au mois de Mai, 2011, M. Tshisekedi annonçait son entrée dans les élections présidentielles de la RDC. Il a déclaré à plusieurs reprises depuis lors que le président Kabila est incompétent et qu’il doit partir. Cette phrase résume les sentiments peu favorables que M. Tshisekedi a pour le président congolais.

L’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) dont le président est Etienne Tshisekedi fut fondé en 1982 par des parlementaires déplus du système de Mobutu. C’est à partir de cette date que M. Tshisekedi, à son crédit, devint l’opposant de Mobutu et lui donna du fil à retordre. Il devint en fait, l’une des rares voix congolaises à dénoncer ouvertement la kleptocracie et les abus du gouvernement de Mobutu.

D’après les récents reportages de ses voyages en Europe, aux USA, et en Afrique du Sud sur internet, M. Tshisekedi semble avoir le vent en poupe. Sa popularité, apparente ou réelle, serait-elle au paroxysme ? La curiosité que suscite cet opposant invétéré ne peut être reniée, surtout parmi les jeunes.  

Mais, opposition n’est pas gouvernance, et l’UDPS a de nombreux défis. L’économie du Congo reste léthargique, en dépit des Investissements Directs Etrangers (IDE). Toujours dépendante du secteur minier, l’économie du Congo est mono-exportatrice. Sans les mines du Katanga, le train congolais, cinquante ans après l’indépendance, est incapable de quitter la gare.  

En effet, comme le disait Pierre Davister dans son livre intitulé, Katanga, ‘l’enjeu du monde’, 1960, Le Katanga reste l’enjeu du monde et l’enjeu des élections présidentielles au Congo. Cette même province du Katanga que M. Tshisekedi a choisi pour lancer sa campagne présidentielle. C’est au Katanga que se trouvent les mines qui fourniront le financement de son programme, devrait-il gagner les élections. Sa première sortie au Congo a pour but de rassurer les congolais et les grands de ce monde de l’inévitabilité de sa présidence. Ces derniers croient que la Chine a la part du lion dans les mines katangaises, et qu’il faudrait que les alliés traditionnels prennent le dessus. Tout se joue donc au Katanga, et sans les revenus miniers, rien ne peut se faire au Congo.

Toutefois, les réserves minières ne sont pas intarissables. Quel est donc le programme politique de l’UDPS opposé aux 5 chantiers ? D’après ce que j’ai lu sur les récentes déclarations de l’UDPS, le programme du parti se borne sur trois grands axes :

-          La moralisation des congolais

-          La restauration de la sécurité

-          L’amélioration du bien-être social

Comment M. Tshisekedi compte-t-il annuler et renégocier les contrats soi-disant iniques que le gouvernement a signés avec les chinois et d’autres compagnies minières ? De quel poids peut-il peser sur la scène politique congolaise et étrangère pour changer la donne? Qui seront les protagonistes dans son équipe politique ? Technocrates, économistes férus, ou statu quo ? C'est-à-dire, appliquera-t-il les principes et idéaux qui se trouvent dans le Manifeste de la Nsele, dont il est l’un des penseurs, qui préconisent le ‘servir et non se servir’ ? Le temps nous le dira…

Un des sujets que peu de journalistes ont adressé est celui de son âge. Le candidat octogénaire, n’est ni le premier ni le dernier à briguer la présidence dans ce monde. Pour ne citer qu’un exemple, Abdoulaye Wade du Sénégal a bien plus de quatre-vingts ans, et il veut se présenter pour sa réélection. Je me souviens qu’il n’y a pas si longtemps que M. Gizenga était à la primature du Congo. Les choses n’allaient pas si mal pendant son mandat, mais pour ce qui n’a pas été fait, on peut, par conjecture ou par pur réalisme, inférer que son âge avancé avait eu un impact contre-productif sur les affaires et la gestion du pays.

Je ne doute pas de la capacité intellectuelle et physique de M. Tshisekedi, loin s’en faut. Mais, ce sont

 

 là des questions que tout congolais devrait se poser. On n’a ni le temps, ni le luxe de douter des capacités de nos leaders, surtout face aux défis qui sont devant nous. Ce sont là des questions incommodantes qui doivent être posées.

Au Katanga, Etienne Tshisekedi a prouvé qu’il pouvait encore inspirer ses sympathisants. La jubilation qu’ils ont exhibée, orchestrée ou spontanée, en fait foi. Dieu merci, les sonnettes d’alarme qui ont été tirées par les medias, n’ont abouti qu’à des scènes de liesse dans la province cuprifère.  Et ce, pour la satisfaction générale. 

Stratégie politique, démonstration de force chimérique ou fondée, provocation ? Seul M. Tshisekedi sait pourquoi il fit le choix du Katanga. Le fait que sa tournée se soit bien déroulée dans Lubumbashi (lieu où il se trouve à présent) montre que les Katangais sont dans une période de maturation politique. Cette maturation se fait depuis bien des années, dans tout le pays, faudrait-il rajouter. Historiquement, des personnalités congolaises se sont rendues sur l’étendu du pays et ont reçu des accueils bienveillants. Bravo, Congo !

Néanmoins, M. Tshisekedi a marqué des points politiques et a réussi à se présenter comme candidat viable, aux yeux des congolais et des investisseurs. Il a déjà une renommée et ceux qui le croyaient fini doivent d’emblée refaire leurs calculs.

L’énigme est que, officiellement, nous ne savons pas encore dans quel sens les grandes capitales du monde vont se pencher, vu leurs besoins énergétiques inassouvis. Est-ce que la Chine, qui, officiellement, ne s’ingère pas dans les affaires politiques, pourra garder la même distance devant l’enjeu congolais ?

Quels plans concrets et mesurables M. Tshisekedi a-t-il pour le relèvement de l’économie en cette période de crise globale ?

L’une de mes préoccupations primaires est de savoir quelle est sa position sur la redistribution des revenus provinciaux ; 60% pour le gouvernement central et 40% pour les provinces. Comment M. Tshisekedi compte-t-il diversifier l’économie ?  

Quid du Rwanda et de l’Ouganda ? Quel est sa position sur la région des grands lacs et la sécurisation de nos frontières ? Les frontières étant poreuses, pourra-t-il faire preuve de compétence sur ces multiples axes ?

Je n’ai aucun doute que M. Tshisekedi sera entouré de cadres compétents et que lui-même, au-delà de ses ambitions personnelles d’accéder au pouvoir exécutif, s’il y arrivait, ne dormirait pas sur ses lauriers.

L’enjeu est trop grand. Et comme lui-même a été opposant et a appris à beaucoup de congolais à parler avec fermeté au pouvoir, il devra faire face à une ou plusieurs sources d’opposition et gouverner.

Les guerres sont à présent terminées et le système démocratique crée de nouvelles attentes et des espérances dont M. Tshisekedi et tous les candidats devront sans délai apaiser les ardeurs. 

M. Tshisekedi n’est pas nouveau sur la scène politique congolaise. Il a un résume dont peu de politiques peuvent se targuer et un passé trouble au sein du MPR. En tant qu’opposant, il se tissa beaucoup de relations de confiance et de fidélité à l’étranger et gagna des sympathisants au pays. Son âge avancé peut être perçu comme un handicap ou comme un atout. C’est selon les opinions. En politique et dans la vie en général, l’âge peut être perçu comme source de sagesse quand les choses vont bien. Il ne devient un problème que quand les résultats sont piteux. Nul jugement n’est nécessaire, du moins pour l’instant. Vive la démocratie congolaise et que le meilleur ou la meilleure gagne !

Patrick Munongo



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