Articles - The Voice of Garanganze:  The Writings of Patrick Kalenga Munongo

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L’armement du Congo pour une paix durable
Dans les pays des grands lacs

September 2, 2011

 

La guerre de 1998-2003 qui fit rage au Congo nous rappelle combien il est nécessaire pour toute nation de pouvoir se défendre et dissuader ceux qui voudraient lui faire la guerre. Avec cela en toile de fond, faut-il encore douter la nécessité de renforcer les capacités militaires d’un pays?

La réponse à cette question dépend de plusieurs variables, tels que la faiblesse apparente du gouvernement congolais et de ses forces armées, la soif des ressources naturelles présentes au Congo, et l’explosion démographique des pays voisins.  

Le scandale géologique qu’est le Congo, est et restera une source de convoitise pour les voisins immédiats, comme pour les pays occidentaux, voire même asiatiques, et mafieux. Cette conjoncture s’augure mal pour le Congo, car étant déjà affaibli, le gouvernement doit faire face à de fortes pressions : 1) réguler ses richesses naturelles, dont certaines sont exploitées loin de sa supervision. Ce qui fait dire à certains que le pays est immense et ingérable dans les conditions actuelles ; 2) jouer à l’autruche et prétendre que la situation est stabilisée, alors que c’est loin d’être le cas.  

Dans les deux cas, l’état doit se raffermir afin d’être la seule force légale et souveraine au Congo. Tout devrait passer par le gouvernement, soit central ou provincial. Pourtant, ce n’est pas encore totalement le cas. La porosité des frontières et la faiblesse des institutions font que le pays reste en proie aux forces exogènes qui sont attirées par l’appât du gain rapide. On entre au Congo comme dans un moulin, et on y sort avec des richesses sans rendre de compte à qui que ce soit, du moins dans les cas les plus rares et extrêmes. Beaucoup de progrès ont été réalisés, mais il reste encore des failles dans le système.

La démographie galopante des pays voisins, surtout ceux de la région des grands lacs est un facteur à ne pas négliger.

Récemment, les leaders du Rwanda et de l’Ouganda se sont rapprochés de l’occident dans une coopération dimorphe aux yeux des observateurs car elle se situe sur plusieurs axes. Le cas saillant et qui concerne directement le Congo est l’exploitation des ressources minières et la géopolitique. Le Congo est bien placé pour reconnaitre ce jeu, qui fut l’apanage de Mobutu pendant la guerre froide.

Dans ces entrefaites, les armées de l’Ouganda et du Rwanda sont formées, entrainées et équipées par les occidentaux. Rétifs d’intervenir directement en Afrique, les occidentaux préfèrent utiliser les forces locales pour faire le ‘dirty job’. Ces dernières, dans le cas du Rwanda et de l’Ouganda, combattent pour des intérêts divers dans les coins chauds de l’Afrique, comme au Sud Soudan, au Congo, en Somalie, et d’autres lieux encore.

La formation de ces forces paramilitaires ou miliciennes est un danger pour le Congo, dont l’armée est sous-équipée et sous entrainée. En 1998, le Zimbabwe et d’autres pays vinrent au secours du Congo lors de la soi-disant guerre mondiale d’Afrique. Mais dans l’hypothèse d’une future guerre au Congo, nul ne sait si des pays comme le Zimbabwe pourraient venir au secours du Congo. Et puis stratégiquement il serait erroné de faire confiance dans la force des autres pour défendre nos intérêts. Il faut briser cette dépendance militaire, et le plus tôt serait le mieux.

Dans l’hypothèse ou les pays comme le Zimbabwe seraient incapables de sauver ce ‘géant aux pieds d’argile’, les tentatives d’annexion de l’est du pays ou même du Congo entier, ne sont pas si difficiles à

 

imaginer. Que feraient ces forces militaires, paramilitaires, rebelles, après la stabilisation de la Somalie, par exemple ? Que feraient-elles après avoir mis fin au LRA ?

Ce sont là des questions à poser, surtout que le Congo a déjà subi une invasion, qui lui a presque couté sa souveraineté. Il ne faut pas oublier l’histoire et surtout perdre de vue le fait que le Congo est convoité pour les raisons mentionnées plus haut. Il faut que les leaders congolais adoptent une pensée anticipative et évitent à tout prix d’être pris de court ou d’improviser.

Dans cette perspective, le Congo devrait-il s’armer et former une force militaire d’envergure pour enrayer toute attaque éventuelle ? La réponse est claire, OUI.

Le problème ne date pas d’aujourd’hui, et à mon avis, les leçons de l’histoire n’ont pas servies aux congolais.  Mobutu déjà, n’avait pas une forte armée. Lors des guerres dénommées Shaba I et II, les européens avaient du venir étayer son pouvoir. En 1997, c’est la faiblesse de son armée qui a facilité sa chute.  Par voie de conséquence, l’invasion de 1998 fut presqu’un jeu d’enfant pour les pays envahisseurs.

En 2001, l’ONU publiait un rapport sur les exploitations illégales des mines du Congo, pointant directement du doigt le Rwanda et en moindre partie l’Ouganda. Comment est-ce que ces deux pays sont devenus exportateurs de coltan et d’or congolais, pour ne citer que ces deux minerais ? Dans son discours de Janvier 2009 devant les ambassadeurs, le président français, Nicolas Sarkozy a déclaré que le Rwanda et le Congo devaient ‘se partager les richesses naturelles pour une paix durable dans la région des pays des grands lacs’. Ces propos causèrent la stupéfaction des africains, surtout les congolais, qui y voyaient une ingérence de très mauvais goût. Face à ce tollé le président français se rétracta. Mais, parlait-il d’une réalité de facto que personne ne veut reconnaitre ou bien désirait-il simplement voir l’effet que cette phrase aurait dans l’opinion congolaise et internationale ?

Face à l’ingérence étrangère et aux pressions multiples auxquelles le Congo est confronté, le minimum à faire est de s’armer pour avoir une force de dissuasion robuste, une armée disciplinée et  bien équipée. Doit-on ajouter que les récentes opérations conjointes entre le Congo et le Rwanda au Kivu pour enrayer les FDLR mettent au jour les faiblesses militaires congolaises. Si nous avions une armée digne de ce nom, ferions-nous recours à l’armée rwandaise ? Est-ce que l’armée congolaise a été invitée à faire des opérations stratégiques chez ses voisins, alors que, eux, sont renseignés sur notre structure militaire et nos points faibles?

En outre des accords divers, des négociations commerciales, bilatérales et multilatérales, animés par les gouvernements congolais et pays voisins, la sécurisation de nos frontières, la consolidation de l’armée, la modernisation des services de sécurité, et j’en passe, restent majeures. Le Congo ne cherche pas la guerre, mais si en s’armant il peut éviter les conflits, alors c’est tant mieux. L’investissement dans le social, la santé et l’éducation est primordial, mais sans une paix durable, tout cela ne servira à rien. Il faut dont avoir une vision anticipative et investir concomitamment dans tous ces secteurs, y compris dans l’armement. Cela coûte cher, mais en vaut bien la peine dans le court comme dans le long terme. Servons nous des leçons de notre propre histoire afin d’éviter que certains méfaits ne se répètent.

 



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